Cela fait aujourd'hui environ 2semaines et 6h30 qu'une étoile a rejoint la voute céleste pour laisser passer encore plus de lumière sur nos coeurs si fébriles. Il y a treize jours, la nouvelle me tombait dessus. Sans prévenir. Comme d'habitude.
Vendredi 24/04/2009 7h00
Musique. Petit air de rock pour éveiller mon corps pataud et lourdingue de bon matin. Mon U600 goute à ma main pour lui dire de se taire. Dehors, c'est lumineux. Très lumineux. Une douce brise Toulousaine vient le caresser le visage. Elle avec qui j'étais en froid depuis quelques temps m'écrit un sms gentil. C'est rassurant, je ne suis pas si en froid finalement. Et je souris. C'est beau, cette teinte rose quoique jaunatre car déjà l'astre solaire vient embraser de ses mille feux la ville rose. Déjà le capitole flamboie fièrement et déjà le pont neuf sent la Garonne si calme avant de se déchainer dans la bief refléter les bras infinis du soleil. Téléphone.
Mon père, de l'état major. Il en faut pour qu'il m'appelle. Mais je tente, je décroche. Je dois prendre un minimum d'affaires ce week end. On part dans les vosges. J'ai un haut le coeur. Qu'est-ce qu'on peut bien y foutre dans les Vosges on y était il y a une semaine. On y va parce que...parce qu'il faut te dire un dernier adieu. Tu es partie.
Noeud de huit dans ma gorge je sais pas quoi répondre. Ok. Je raccroche. Les colocs s'afairent autours de moi. Pour eux c'est une journée comme une autre. Aujourd'hui pour moi mon passé continue de s'effondrer. En tailleurs, le regard dans le vide, fixant un point fixe de Manhattan sur le mur d'en face. Poster Noir et blanc, et rien que ca. Autours je vois plus rien, j'entends plus trop j'ai pas envie d'y faire gaffe. La nouvelle m'a harponné de plein fouet sans que j'aie le temps de dire ouf. Je veux pas y croire. Pourtant je me l'étais imaginé, chaque jour toi même tu te disais que tu risquais fort. Mais c'est jamais assez tard pour ceux qui restent. Un souvenir remonte, ce connard. Et les digues de mes yeux cèdent, il est 7h20. Appuyé contre l'armoire, penché en avant, les larmes coulent abondamment et j'en peux plus. Ca coule, je hurle silencieusement. Je peux plus rien faire. J'ai appris cette année que ce monde est trop fort pour moi, et cette heure sonne le glas de ma reddition. Je jette les armes. Sans toi un gouffre se creuse dans mon coeur aux parois rompues. Un trône inoccupé.
On arrive près de Belfort, à Héricourt, le foyer maternel. Le voisin est accoudé à la fenetre. Jean-Marie. Le voisin de la famille qui a vu vieillir les parents, grandir les gosses, et puis les petits enfants. Je me revois grimper à 3ans la murette en escalier pour finir a l'improviste en train de nourrir le poisson dans son salon. Aujourd'hui il est désemparé. "Je ne sais pas quoi dire sinon qu'on avait pas du tout besoin de ça. J'ai le coeur brisé, personnellement mais aussi pour vous et la Grande."Evidemment ils nous ont préparé une tarte aux pommes concoctée par sa femme et même à minuit quand on arrive de Toulouse, qué pluie qué vent qué grêle il viendra nous donner les parts qu'ils nous ont gardées, informés de notre départ. Sa voix désolée et compatissante, qu'on aurait meme dit accablée... c'est fou ce que des personnes comme eux se font rares.
Arrivée dans les Vosges. vallées, ballons, vert clair, prés, vert foncé, sapins, la route des vacances. Oui mais au bout je trouverai comme d'habitude mon arrière grand père. Mais toi tu ne seras pas dans la cuisine avec ton tablier, ou devant la maison en train de nous attendre sous ton parasol à l'effigie de Heineken avec ton bob sur la tête. On monte la petite route escarpée mais cette fois on se traîne. Mum pleure. Inspirer-expirer, compter rapidement dans ma tete...n'importe quoi pourvu que ça réprime mes larmes. Je me suis retenu devant eux jusqu'à maintenant je tiens bon. Arrivée dans la basse-cour. La nature Vosgienne est en plein émoi. Les arbres fleurissent, il y a un parfum de printemps délicieux oui mais toi tu n'es plus là. Cette seule pensée suffit à me faire ignorer les personnes qui attendent de nous accueillir devant la véranda. Cette véranda dans laquelle on discutait quand j'étais minot.
Je pars derrière. Le pré ondule au vent, lui aussi fleuri, rempli de vert, violet, rose...je craque. Larmes, mon visage se décompose, puis les sanglots. Mon dieu tu aurais été dans tous tes états de me voir dans celui-ci quand j'y pense j'essaie de me calmer mais c'est plus fort que moi. Ca dure un quart d'heure. Un quart d'heure le regard tantôt bas, tantôt furtif vers la montagne dentée de sapins d'en face. Alors Dad vient me voir. Je ne suis pas obligé de venir te voir. Mais j'irai coûte que coûte. 16 printemps, ça suffit à assumer les rudiments de la vie. J'irai. Je redescends doucement, un peu déchargé du chagrin accumulé en montant. Le lieu dit Les Essieux est tout simplement BONDÉ de souvenirs. La maison a accueillit en son sein plus de personnes que Carrefour Portet-s/Garonne, assisté à plus de scènes d'émotions que n'importe où ailleurs. C'est un lieu unique. J'approche des gens. Il y a des personnes qui me sont étrangères, des branquignols comme tu disais si bien, et il y a Richard, le compagnon de ma grand-mère. Le souvenir de cet homme érudit qui me prend la main avec les deux siennes en me regardant droit dans les yeux comme pour me donner du courage reste imprimé dans ma rétine. J'arrive à la cuisine. Du bordel en tout genre sur la table.Pas de cocotte minute tournant à pleine vapeur, rien que des dires imperceptibles à ma droite...dans le salon. Tu es là à ma droite, à dix mètres.je t'entrevois, j'entrevois deux torches allumées à tes côtés. Je file instinctivement à gauche dans l'autre salon. La fameuse "chambre devant". Dad m'y rejoint et un petit silence s'installe. Richard arrive alors. Deuxième souvenir marquant : il me raconte des miracles arrivés à ses collègues. Les déboires quotidiens que subissent les populations étrangères. Ma douleur est une occurence imperceptible dans le chaos qui règne dans ces âmes écartelées. En me relevant de ma chaise je suis calme. Je trouve le courage de venir te voir. Tu es là, devant moi. J'ai parcouru en voiture 1000km à travers champs, monts, vallées, villes, patelins pommés, bleds aux noms burlesques, lieux-dits auxquels le GPS est allergique, et te voilà. Les mains reposant sur ton ventre, les yeux fermés, dans ton habit de sortie, celui que tu mets à Noël - les larmes montent de nouveau, quelle journée de merde - et quand tu viens à Héricourt aux repas de famille. Désormais la dernière vision de toi que j'aurai sera une vision paisible. Putain il y a une semaine tu nous faisais pisser de rire à table avec Lulu ta soeur cadette. Aujourd'hui j'en suis à espérer bêtement que tes yeux remplis de bonté s'ouvrent, que tu me fasses un dernier signe mais rien. Le cousin de Mum, Sébastien, arrive. tout le monde aflue. Il fond en larmes. Suit son frère Stéphane et son fils de 5-6ans accompagnés de la tante de mum Danièle. Silencieusement ils lui disent un dernier adieu. Aristide. Mon arrière grand père. Le voici. Après le repas on se réunit une dernière fois autours de toi. " Vinra ! " si t'avais été là t'aurais foutu le camp tellement ça t'aurais emmerdé de voir ce monde autours de toi. S'ensuivent messe, cortège, et enterrement. Aurélie ma tante me fond en larmes dans les bras. Elle qui s'est si bien retenue jusqu'à maintenant. On se promène là où on a l'habitude d'aller en famille. Et on rit un peu pour évacuer. Ca marche. La vie continue. Fabrice reste sérieux et souriant, relaxé tout de même. Jean-noel mon parrain est triste et Erin le préoccupe, Dorothée sa copine (copiiiine !) vient discuter auprès de moi. Mon âme retrouve des couleurs. Puis repas, nombreux repas en famille. Immédiatement après les obsèques, après t'avoir conduite à ta dernière demeure, on rit aux éclats à table. Danièle nous fait rire avec cette joie à peine insolente qui lui est singulière, les cousins de mum déconnent comme des malades, on pleure encore mais de rire. Comme tu aurais voulu que ça se passe.
Voilà il est 00.36 à l'horloge du dieu windose et je me doute bien que nombreux d'entre vous n'auront même pas lu l'article jusqu'au bout et m'auront pris pour un depressif en phase finale littéralement tarré (avec tout le respect que j'aie pour les personnes atteintes de la depression qui empêche l'homme de vivre) mais cet article est un peu spécial : il est dédié à mon arrière grand mère. Ca fait lâche et peu enhardi pour affronter la vie que de faire ça mais la relation qui nous unissait ainsi que sa bonté étaient uniques : généreuse à l'infini, elle prenait de jeunes enfants appartenant à des familles en difficultés en vacances chez elle, la porte de la ferme familiale était toujours ouverte et elle n'avait jamais un mot plus haut que l'autre. Moqueuse avec ça. Bien moqueuse, à la perfection mais juste ce qu'il faut. Maline. Poursuivait mon parrain avec des pattes de poulet a travers la basse cour. Toujours heureuse de nous avoir à ses côtés. Oui c'est une personne exceptionnelle et c'est pour ça que je lui dédie cet article ce soir enfin ce matin. Parce que je suis infiniment heureux d'avoir été et de rester un descendant d'une personne merveilleuse comme elle et que pour moi la bise Vosgienne, ce vent glacial venu droit de Sibérie, la fameuse "Bich" aura beau souffler de toutes des forces en emportant corps et âmes, elle n'ébranlera pas sa mémoire et les souvenirs laissés derrière une co-fondatrice de notre grande famille.